Jean-Marie Le Bourvellec,
président de la FRBTP
"La situation est dramatique Monsieur le Président!"
Le président Nicolas Sarkozy est à La Réunion les lundi 18 et mardi 19 janvier. Il arrivera à l'aéroport de Pierrefonds lundi 18 en début de soirée, sera accueilli comme il se doit, et ira ensuite à l'Hôtel Palm de Grand Anse où il passera la nuit. Le lendemain, il sera à Saint-Pierre, puis au Tampon. Le 19 au soir, à partir de 18h, au Parc des Expositions de Saint-Denis, le président de la République adressera ses voeux à l'ensemble de l'outre-mer. Le soir même il reprendra l'avion pour Paris.
A quelques jours de l'arrivée de Nicolas Sarkozy dans l'île, Jean-Marie Le Bourvellec, président de la FRBTP (Fédération Réunionnaise du Bâtiment et des Travaux Publics) a tenu à tirer la sonnette d'alarme. La situation économique générale est critique, et il espère que Nicolas Sarkozy entendra les messages qui lui sont ainsi transmis et qu'il annoncera des mesures concrètes.
Peut-on faire un historique de la situation économique réunionnaise?
La Réunion connaît avant tout une crise d'activité: suite à l'abandon de nombreux projets par les mairies suite aux élections municipales, et suite au toilettage de la loi-programme, le bâtiment et les travaux publics ont subi une perte de 600 millions d'euros. En 2007, il y a eu la suppression de la défiscalisation, 2008 a été l'année des discussions, et en 2009 il y a eu la loi Scellier en métropole qui a été le coup de grâce, puisque c'en était fini de la défiscalisation outre-mer. Il faut en plus rajouter les événements des Antilles...
On a alors demandé une accélération de la loi-programme, on a obtenu la loi Scelllier DOM, avec l'amendement Virapoullé. Mais la confiance des investisseurs était perdue. Le chiffre d'affaires du secteur est passé de 2,2 milliards d'euros à 1,5 milliard d'euros, et les emplois de 24 500 à 18 500, soit près de 30% en moins!
Y-a-t-il eu quand même une prise de conscience?
Oui, tout le monde a pris conscience de la gravité de cette crise, et même le Premier Ministre François Fillon a compris quand il est venu à La Réunion. Nous avons effectué un recensement des projets auprès des collectivités et nous avons identifié 388 millions d'euros de projets prêts à démarrer, en attente des apports de l'Etat. La Réunion a des besoins structurels importants. Notre population augmente, il y a 30 000 demandes de logements en attente, on construit environ 3 000 logements sociaux chaque année alors qu'il en faudrait 6 000.
Nous avons fait un gros travail avec Médétom. La Ministre de l'Outre-Mer, Marie-Luce Pennchard, les sénateurs et quelques députés ont travaillé sur le dossier. Le plafond de la défiscalisation a été relevé, des mesures ont été prises pour les constructions, mais malheureusement les projets ont été déposés ou ont été instruits tardivement, et fin 2009, 17 millions d'euros destinés au secteur n'ont pu être utilisés.
Eviter une crise majeure, Que demandez-vous aujourd'hui?
Il faut arrêter l'hémorragie afin d'éviter une crise économique et sociale majeure. Les projets doivent sortir très vite en 2010, plus question de faire du saupoudrage. L'Etat doit donner l'impulsion tout de suite, et les apports de l'Etat doivent arriver dès le début de cette année. Il faut instruire les dossiers, réduire les délais administratifs. 170 millions d'euros sont nécessaires pour relancer le bâtiment, mais déjà on pourrait débloquer les 17 millions de 2009. Il y a également un travail de communication à faire afin de redonner confiance et que les promoteurs privés bougent.
Le tram-train et la future route du littoral sont des projets structurants qu'il faut maintenir. A moyen terme, il y aura Gerri Réunion 2030. En 2011/2012/2013, il y aura du travail, c'est 2010 qui pose problème. La Réunion a besoin du BTP, il s'agit de conserver l'outil de construction du BTP et des travaux publics ici. Nous devons éviter le point critique, nos partenaires sociaux nous disent qu'ils ne peuvent plus tenir. Nous sommes 20 fois plus touchés qu'en métropole.
Je profite donc du passage du président de la République pour lui demander de confirmer des mesures concrètes et rapides afin de sauver des milliers d'emplois et d'éviter une crise grave dans notre île. L'Etat peut faciliter et anticiper, j'espère que Nicolas Sarkozy nous entendra.
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