Portrait

Alain Genin, directeur général de Nicollin Réunion

Ponctuel, chaleureux, Alain Genin est avant tout un exemple de simplicité. Depuis les années 80, cet homme originaire du Sud-Est de la France, de Fréjus plus précisément, a gravi tous les échelons du groupe Nicollin, spécialisé dans l’environnement, la collecte et le traitement des déchets.
Il a commencé sa carrière derrière la benne, puis a eu un premier poste à responsabilité au Maroc, pendant 4 ans... Retour à Saint-Tropez, puis deux ans à Montpellier, siège social de l’entreprise, où Louis Nicollin lui confiera les clés de La Réunion et des 220 salariés, pour un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros.
Alain Génin avoue avoir le plus profond des respects pour son patron, 71 ans aujourd’hui, très famille et proche de ses salariés, quel que soit leur niveau. Un modèle en termes de management qu’il copie volontiers. «Quelqu’un de fantastique qui viendra à La Réunion bientôt». Car Nicollin vient de se voir attribuer le marché de la collecte et de la valorisation des déchets dans l’Ouest par le TCO, quelques 170 emplois vont ainsi être créés. Madame Aude a tenu à l’inviter, mais attention, un sujet restera tabou entre eux, la passion de l’homme du Sud-Est, la tauromachie...


Ils se sont rencontrés chez des amis communs et Madame Aude a tout de suite été frappé par l’intérêt que porte Alain Genin aux personnes âgées, une cause chère à Madame Aude... Son mode de gestion, mettant en avant la préférence locale, a fini de séduire son interlocutrice.

Qu’est-ce que cette photo de taureau? Quelle horreur!
La tauromachie est ma passion depuis que je suis tout petit. Nous allions dans l’arène entre copains pour voir les courses. Ensuite, j’ai été président de l’association des courses taurines de Fréjus... C’est ma passion. Maintenant encore, j’essaye d’en voir le plus possible.
Madame Aude: C’est toi sur la photo avec la bébète? Quelle horreur! Tu ne le tue pas au moins? Mon ti taureau, fé pitié!
Alain Genin: Mais non, c’était un petit taureau, pour le geste...
 
 Te sens-tu bien à La Réunion?
J’adore cette île. J ‘ai eu un coup de cœur pour le Maroc lorsque j’étais à Rabat, ensuite le retour en métropole a été très difficile. Ici, j’ai retrouvé cette qualité de vie et de personnes...
 
Comment en es-tu venu à t’intéresser aux personnes agées?
En fait, je regardais une émission à la télévision, et j’ai entendu de vieux gramounes évoquer leurs rêves... Ce qui revenait était soit de faire la connaissance de leurs petits enfants en métropole, soit de voir la Tour Eiffel. J’ai pris contact avec Jacques Dambreville, et nous avons pu réaliser le rêve de 23 personnes...
Madame Aude: Le bonhomme me plaît. Moi qui m’occupe des vieux, là c’est un rêve qu’il leur a permis d’exaucer. Quand on vit avec ses 700 euros par mois, c’est un rêve d’aller à Paris... En fait, le patron de Nicollin, je le voyais avec son gros camion qui emmerde le monde... J’ai découvert un homme formidable!
 
 
 

Quel est l’enjeu de la politique des déchets pour toi à La Réunion aujourd’hui?
Tout d’abord, je privilégie systématiquement l’emploi local. J’ai 220 personnes aujourd’hui, six viennent de métropole dont trois sont mariés avec des Réunionnaises. A compétence égale, je privilégie le Réunionnais. On est encore sous un schéma colonial. Il faut casser le schéma qui veut que l’autorité soit le zoreil.
Madame Aude: Ca c’est sûr, le chef de chantier qui fait venir ses copains chômeurs, ce n’est plus possible! Là, nous sommes au bord de l’éclatement, et nous allons vers un 1991 plus fort. (ndlr: Madame Aude fait référence aux émeutes du Chaudron qui avaient secoué l’île en février et mars 1991). Il représente Nicollin ici, et il a conscience qu’il faut prendre des Réunionnais...
Alain Genin: Il y a plein de raisons qui justifient ce parti pris... Il faut inclure les billets d’avion pour faire venir quelqu’un ici, s’assurer que les gens se plaisent. On n’a pas intérêt à ramener des gens, surtout qu’on a la compétence à La Réunion, j’en suis plus que conviancu!

Il n’ y a pas de grèves chez toi? C’est un signe souvent...
Je tente d’observer au maximum à travers des réactions concrètes... On travaille beaucoup avec des collectivités. Par exemple, lorsque nous devons nous déplacer, ce sera avec Air Austral. Je rends aux Réunionnais ce que nous gagnons ici, et ce tant que faire se peut.... Récemment, j’ai dû faire l’acquisition de caissons: à qualité égale, j’ai privilégié un fournisseur local. Je tâche de m’équiper local, c’est une question de renvoi d’ascenseur!
 
 
 

Quel est l’avenir des déchets à La Réunion?
Il faut penser valorisation. Il faut éduquer les gens au verre et aller vers l’abandon de la bouteille plastique. Dans l’avenir, l’enfouissement va devenir impossible avec les problèmes de foncier que connaît La Réunion. L’avenir est à l’incinération, et le fait de brûler permettra de produire de l’énergie... C’est un véritable problème politique, mais je le répète, la solution est l‘incinération.
Il peut aussi y avoir du tri, c’est nécessaire, du tri manuel et non pas optique, pour créer de l’emploi... . Il y a une commune qui a déjà compris cette urgence, qui de surcroît est créatrice d’emplois. Et il y a urgence, si aucune solution n’est trouvée pour les déchets nous allons être débordés... Un gros cyclone sur des sites d’enfouissement pleins à ras bord pourrait provoquer un véritable drame écologique, tous les déchets partiraient à la mer... Il y a urgence!
 
Et concernant toutes ces bouteilles en plastique, que fait-on?
Mon expérience de Saint-Tropez est tout à fait superposable ici... Cette petite ville est pleine à craquer l’été, avec son lot de déchets en corrélation. L’idée était de collecter le verre chez les restaurateurs, leur donner des bacs vides, et les récupérer... Le verre est ensuite revalorisé, ce qui finance le processus de collecte.



Lundi 16 Juin 2014
Catherine RONIN
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