Portrait

Gilette Aho, la speakerine venue des îles

Des speakerines du petit écran, Gilette Aho fait partie de celles qui ont marqué la mémoire collective... Sur la télé publique locale, puis sur Antenne 2, elle a été une véritable star, la première venue des îles, et elle a tout de suite séduit les Français. Son parcours tient au hasard, au travail aussi, à son charisme, et à son talent avant tout. Madame Aude tenait particulièrement à recevoir Gilette, car avait des questions à lui poser...


Gilette Aho, la speakerine venue des îles
Leur rencontre

Gilette Aho: C’était chez le coiffeur, j’admirais Aude Palant-Vergoz. Elle était très belle, c’était l’époque où on l’appelait Romy. J’étais très intimidée. Quand elle arrivait au salon, «Chez Richard» à l’époque avenue de la Victoire, où tout le monde allait, il n’y en avait que pour elle! Moi, je n’étais pas une notable du tout... Je me faisais coiffer pour la télé, discrètement dans mon coin.
Madame Aude: J’étais au salon, mais je ne la voyais pas, j’étais en représentation... C’est une petite shampouineuse qui m’a dit que c’était, dans un coin, la dame de la télé. Son sourire m’a marquée.

Gilette Aho, la speakerine venue des îles
Les questions de Madame Aude

Qu’est-ce qu’on fait quand on n’est plus une vedette nationale?
 
Je n'étais pas destinée à faire ça... RFO recherchait quelqu’un localement, j’ai fait des essais pour un petit job, et ensuite tout s’est enchaîné. C’est tout un cheminement qui a commencé à La Réunion en 1978. Je le vis très bien aujourd’hui, car honnêtement je n’ai jamais considéré cela comme un travail en soi! Mais c’est vrai que je me suis prise au jeu. A l’époque je rêvais déjà d’écrire, mais je suis partie en métropole.
 
Tu avais 20 ans à l’époque et pas la bonne couleur... Dis-le que tu avais du talent!

G.A.: C’est ma naïveté et mon talent peut-être qui ont porté leurs fruits. Ca a fonctionné, c'est vrai, et pourtant je n'étais en effet ni du bon quartier, ni de la bonne couleur!
Madame Aude: Tu as fait l’unanimité, tu avais la pêche. Elle se sous-estime!
G.A.: J’étais naïve, je le répète, c’est ce qui m'a sauvée! J’y étais, j’ai décidé de continuer. La jeunesse, en fait, est une force, et je ne me suis pas laissée malmener par les commérages et les on-dit.
 
Tu ne t’arrangeais pas quand même pour en rajouter un peu?

Madame Aude: Elle est comme moi!
G.A.: Je me coiffais avec des petites nattes, les gens critiquaient. Je suis arrivée par hasard à la télévision. Au départ, c’était un petit job d’été, alimentaire. Déjà, j’ai été extrêmement surprise d’être prise. Cela a bien fonctionné avec les Réunionnais, en dépit des critiques... (rires). Puis j’ai été sélectionnée pour aller représenter La Réunion en métropole. 
Ils cherchaient quelqu’un de couleur. J’ai dû rester à FR3 pour travailler un soir de Noël et ne suis jamais revenue à La Réunion. Ils m’ont donné un hôtel, des sous... J’étais partie pour une semaine et je suis restée 12 ans! Mon souci majeur était de retrouver un boulot en rentrant à La Réunion, je ne me rendais pas compte. «Mon Dieu faites que je trouve un boulot quand je reviens» était ma seule prière.
Madame Aude:   Je suis obligée de décrypter ce qu’elle dit. Paris savait très bien qui elle était, elle avait été repérée. Gilette avait un talent fou, était connue ici. Tous les gens n’avaient pas encore la télé à l’époque. Je me souviens de mon père allumant la télévision pour voir Mademoiselle Aho. Pendant les parties de chasse, les hommes parlaient d’elle, c’était un succès délirant. La tête de ma mère s’allongeait un peu!
 
Et alors?
 
Un soir je me suis retrouvée à la télé, le lendemain on m’a emmenée à un casting chez Antenne 2. Je ne cessais de leur dire que je devais partir, rentrer à La Réunion... Ils m’ont dit que j’allais rester, et c’est parti comme ça. C’est vrai, ça a été un succès fou. Je faisais les couvertures de journaux, j’étais très vendeuse.

Gilette Aho, la speakerine venue des îles
Et c’est là que tu as rencontré l’homme de ta vie?
 
Il y en a un qui m’a marquée beaucoup, c’est vrai. Les hommes 
voulaient assurer une sorte de protection sur moi. Ils cherchaient aussi une belle femme. J’étais assez délurée. J’ai eu un mari éclair ici, 
et ne me suis jamais remariée. On me prête beaucoup d’histoires. 
Le père de ma fille vit à Bali et écrit des livres, c’est quelqu’un du milieu de la télé. Je nous ai protégés. Mon fils longtemps n’a pas compris 
pourquoi les gens étaient si polis avec moi dans la rue. Je lui ai fait croire que j’étais une ex-Clodette.
Madame Aude: Et tu avais oublié d’être conne!
 
Comment expliques-tu ton succès?
 
A cette époque, il n’y avait pas de filles de couleur à l’écran. J’ai été une pionnière. Je n’étais pas typée africaine, mais plus métisse. 
C’était nouveau, un nouveau «produit» dans le monde de l’image. 
Personne ne savait d’où je venais. Quand on m’a donné mon 7 d’Or, j’étais très bien payée, tout était pris en charge, le maquillage, 
la coiffure. Mais dans ma tête, je continuais à me dire, «Gilette, il faut que tu trouves un travail». J’avais l’impression que j’étais en train de m ‘amuser. J’ai fait des rencontres magnifiques, celui qui m’a le plus marquée c’est Eddie Barclay. Ses fêtes étaient extraordinaires. Il m’a même demandée en mariage en riant!
 
Avais-tu conscience que ce ne serait pas éternel?
 
Bien entendu... Je me disais sans cesse qu’il me fallait un vrai travail, mais à un moment mon image a pris le dessus. J’ai donc choisi d’élever mes enfants.
 
Et maintenant?
 
J’avais envisagé de faire de la politique, car je me suis beaucoup impliquée dans la vie associative. J’ai tout fait pour en faire, mais j’ai réalisé que cet espace est une affaire d’hommes, où il faut un énorme tempérament. J’ai discuté avec Huguette Bello, elle m’a raconté tous les coups qu’elle a pris. C’est tout un art que de faire de la politique! Le jeu n’en vaut pas la chandelle, ce n’est pas fait pour moi.

Gilette Aho, la speakerine venue des îles
Pourquoi aimez-vous Madame Aude?

J’aime sa constance, sa tenacité. C’est un modèle pour moi. Je voulais faire la même chose qu’elle sur Freedom, concernant les relations parents/enfants le samedi soir, sur son créneau horaire. Mais je ne suis pas Madame Aude! Elle m’épate, elle est toujours là, je me demande où elle trouve son énergie? Son don de soi est exceptionnel. C’est vraiment une belle personne qu’on a la chance de rencontrer quand on est connu, mais accessible pour tous.
Madame Aude: Attention ça use!


Catherine Ronin

Vendredi 25 Octobre 2013
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