Portrait

Louïz, au-delà du genre...

Giovani et Louïz cohabitent dans ce corps parfait depuis 34 ans. Une problématique transidentitaire aujourd'hui totalement assumée grâce au bonheur. Une quête pas toujours facile que nous livre aujourd'hui Louïz, entre homme et femme...

Photos: Sandrine Hubert Delisle / A.Razeb


 Il lui aura fallu 34 ans pour assumer ce corps d'homme dans lequel il est né mais qui laisse filtrer une féminité incroyable. Bien connu dans le monde du spectacle réunionnais, Giovani Louise l'est autant pour ses qualités de danseur que pour son incroyable gentillesse.

Son parcours néanmoins n'a pas été toujours rectiligne. Petit déjà son physique interpelle: une finesse remarquable, de grands cils interminables et une bouche pulpeuse.

A l'adolescence son androgynéité ne fait que s'accentuer et le jeune garçon se sent alors beaucoup plus à l'aise sur les planches que sur un terrain de football. Dans son quartier de Sainte-Clotilde il monte sur scène pour des spectacles de fin d'année et se passionne pour le théâtre, il a 13 ans. Il avoue même: "la danse n'était alors pas du tout mon truc. J'étais un vrai manche à balai. C'est en voyant l'un de mes cousins danser que je me suis donné l'objectif d'y arriver. Je suis totalement autodidacte, mes parents n'avaient pas les moyens de m'offrir des cours". 
Comment le miracle va-t-il s'opérer? En riant, il dévoile sa méthode :  "J'ai appris tout seul. A l'époque il n'y avait pas internet. Je louais des cassettes et regardais indéfiniment les shows de Michael Jackson, Britney Spears".
 


Sa famille va accepter sa différence, en revanche dans son quartier il subit un net rejet des garçons de son âge. La danse va l'aider à passer ce cap extrêmement difficile, levant chez lui des des blocages psychologiques.
Son coté androgyne au fil des années ne fait que s'affirmer. " Je n'étais certes pas un modèle de virilité. J'étais moqué sur quelque chose que je maitrisais pas. A un moment vers 14 ou 15 ans j'ai fait une rejet de tout cela  et ai du rentrer dans une personnalité plus masculine pour arrêter de m'en prendre plein la gueule".

Mais le monde de la mode et du spectacle a déjà repéré celui qui s'apprête à assumer sa part de Louïz. Elle évoque la suite : " Alors que j'endossais un costume qui ne m'allait pas, j'étais de plus en plus sollicitée pour des événements dans le domaine de la mode. J'ai réalisé que la grosse part de féminité que j'avais en moi était un incroyable atout sur scène. Ce qui était ma faiblesse est devenue une force. J'avais alors 19 ans environ.".

Il faudra encore dix bonnes années à Louïz pour aller vers le personnage qui aujourd'hui la rend heureuse et aboutir un projet artistique incroyable. Sur scène elle confesse n'avoir pas besoin de beaucoup de maquillage pour être pleinement femme. "Aujourd'hui je me vois entre les deux. J'ai pleinement conscience d'être née dans un corps masculin et ce côté transidentitaire, je fais avec. Quand je vois mes photos, je vois une très jolie femme sans poitrine et ce n'est pas gênant. Cette femme transpire mon état d'esprit, il faut savoir l'accepter. Ce n'est pas un choix que d'être transidentitaire".

Sur son identité, Louïz est intarissable : " Je ne me considère pas comme transexuelle, je suis dans la catégorie transgenre et mon côté masculin ne me gêne pas outre mesure. Dans ma tête, je me sens libre, je sors en femme dans la rue...".

Le regard des autres sur elle est révélateur de son acceptation identitaire. Elle nous livre une petite anecdote en riant : " Il m'arrive de me faire accoster par des nanas qui me trouvent très belle. Avec les mecs en revanche , je suis assez cash et ne laisse aucune ambiguïté... J'ai vécu une très belle histoire avec un homme pendant 7 ans qui a su laisser ma part de féminité s'exprimer". Louïz pousse plus en avant sa réflexion : " Au delà du genre il est possible d'avoir des coups de coeur pour une personne, je le sais maintenant ".

Louïz, au-delà du genre...
Louïz et Giovani ont un secret pour vivre dans une telle plénitude... " Ce n'est pas un choix, je fais juste  le choix d'être épanouie, le choix du bonheur. Lorsque je suis dans ma posture d'artiste je ne rencontre pas de violence, je suis respectée". La force de l'artiste aujourd'hui est donc de jouer de ce physique véritable "don" de la nature selon elle. 

De ses réflexions est né un projet déjà très abouti : un album de 11 titres, véritable hymne à la tolérance. Un album de cheminement, récit d'une vie de personnages transidentitaires en phase de rejet de la société, puis passant par l'acceptation. Un premier clip sera très prochainement livré sur YouTube intitulé "Y croire". Tout est dit !




Vendredi 25 Août 2017
Catherine RONIN
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