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Luc Gigord, docteur en écologie évolutive

A 45 ans bientôt -il en paraît 15 de moins- Luc Gigord est le très respecté directeur scientifique du Conservatoire Botanique de Mascarin depuis 18 mois, à la tête d’une équipe de 18 personnes. Son CV est impressionnant, son humilité l’est encore plus! Arrivé à La Réunion à l’âge de 2 ans, le petit garçon a tout de suite été immergé dans la nature exceptionnelle de notre île. Son père et sa mère, passionnés de randonnées, l’ont dès l’âge de six ans, entraîné sur les plus beaux sentiers des cirques de Mafate au Bélier, en passant par la Rivière des Galets. Ses parents, universitaires, disciples de Thérésien Cadet, le fameux Réunionnais agrégé de biologie et spécialisé dans les plantes réunionnaises, l’ont façonné et l’ont contaminé à leur passion et à l’étude de la beauté de la nature réunionnaise.

Son parcours scolaire est classique, scientifique, et sans embûches: passage par Montgaillard sur les bancs de l’école et par Leconte de Lisle, puis une formation en métropole, en Grande Bretagne puis en Suisse... Quelques années plus tard, Luc, bardé de diplômes, est docteur en écologie évolutive... «J’essaye de comprendre la genèse des espèces, le but étant de mieux comprendre comment la nature fonctionne».
Nostalgique de l’île qui l’a vu grandir, Luc Gigord décide donc de revenir, d’autant plus que les enjeux écologiques à La Réunion sont énormes. A la tête du Conservatoire Botanique, une autre œuvre de Thérésien Cadet fondé il y a 25 ans, toute l’équipe a la lourde tache d’essayer de protéger le patrimoine végétal des îles du Sud-Ouest de l’Océan Indien, un patrimoine exceptionnel.


La rencontre entre Madame Aude et Luc Gigord s’est faite par télévision interposée. « Je regardais un documentaire sur Réunion 1ère. Un reportage sur le Conservatoire Botanique... J’ai adoré sa dégaine, loin du type en costume. A partir de là, le personnage m’a intéressée. Il laisse tomber la cravate et est un vrai passionné. Je suis moi-même amoureuse de mon île. Il expliquait qu’il fallait reboiser nos forêts et arrêter de faire de l’à-peu-près. Ils étaient trois dans la forêt en train d’empoter de petits machins. J’ai trouvé cela extraordinaire de s’occuper du patrimoine des plantes. Aujourd’hui c’est notre première rencontre physique!» explique Madame Aude…



-Y a-t-il quelque chose à faire de ce patrimoine des plantes extraordinaires de notre île?
Il existe un vrai créneau en matière de tourisme écologique. Les gens à La Réunion veulent voir des choses rares, et pas seulement passer du temps dans de grands hôtels. Le label Patrimoine Mondial de l’Unesco au terme de la Biodiversité prouve que notre nature est unique.

-Comment faire pour que les Réunionnais en prennent conscience?
Ne faut-il pas communiquer sur l’action du Conservatoire Botanique?
Nous sommes une structure d’accueil, 35 000 personnes nous rendent visite chaque année. Nous pourrions développer le tourisme pédagogique, il y a une très forte demande à l’instar de ce qui se fait au Costa Rica, pays qui comme nous dispose d’une nature absolument unique. Nous pourrions faire de véritables safaris botaniques. Il faudrait que les élus aient une vision ciblée du tourisme, nous avons un véritable trésor à faire découvrir, aux touristes, mais aussi aux plus jeunes.

-Vous sembliez très proche de vos collaborateurs dans le reportage, cette osmose est-ce la réalité?
Je ne suis pas un patron qui commande, je suis un chef d’orchestre. C’est un métier éprouvant, parfois nous sommes pendant 4 ou 5 jours dans des forêts, sous la pluie. Il faut être à l’écoute, attentif. Je suis très admiratif du travail de tous, des jardiniers notamment. J’adore mettre les mains dans la terre.
-J’ai entendu parler de ces deux plantes endémiques de La Réunion, dont des graines ont été importées illégalement à l’île Maurice, et qui ne peuvent revenir dans notre île...
Que faites-vous?
C’’est une histoire extraordinaire. Un homme a retrouvé des graines en métropole... Il est parti à l’île Maurice avec, ce qui est formellement interdit, les a fait pousser, et là stupéfaction, quelqu’un s’est aperçu qu’il s’agissait d’une espèce endémique de La Réunion, en quasi voie de disparition. Je suis en train de me bagarrer actuellement pour récupérer ses plants. Légitimement les douanes mauriciennes ne peuvent tolérer une importation illicite de végétaux et devraient les détruire. Mais là, il s’agit d’un cas tellement particulier, c’est un gros souci pour moi. Cela serait une catastrophe de les détruire. Il ne reste que quelques pieds dans des falaises de cette plante... L’espèce est condamnée. J’ai trouvé un sponsor pour m’aider, une compagnie aérienne aussi pour rapporter les plants...
Madame Aude intervient: «La il faut rend a nou not zaffair!»

-Et quelle belle histoire avez-vous encore?
Un bois aux vertus médico-magiques a été sauvé alors qu’il était à deux doigts de disparaître...Aujourd’hui, énormément d’espèces sont en danger, et les espèces envahissantes sont un véritable fléau. Il faut absolument que les gens arrêtent de ramener des plantes d’ailleurs. Il y a tellement de merveilles ici.
Madame Aude: «Les gens de l’extérieur devraient aussi consulter les Réunionnais de base avant de faire n’importe quoi! Les gens connaissent leur île...»

-Pensez-vous que cette prise de conscience de la beauté et de la fragilité de notre biodiversité vienne trop tard?
Non, il n’est pas trop tard! L’implication de la population va être déterminante, ce qui passe aussi par l’éducation. Les gens des hauts, par exemple, vivent au contact de splendeurs, d’arbres parfois plus vieux que les premiers habitants de l’île. Ils peuvent transmettre un savoir. Il faut que les habitants de La Réunion apprennent à mieux connaitre leur patrimoine et surtout sachent le valoriser, qu’ils soient associés à de grands projets. L’adhésion de la population est indispensable. Il faut que les élus locaux portent ce message et prennent ce problème à bras le corps!


Luc Gigord,  docteur en écologie évolutive


Mardi 26 Mars 2013
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