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Madame Aude i aime: Victorine Tailou, l’humilité d’une belle réussite

Madame Aude et Victorine Tailou sont amies, de vraies amies que les épreuves de la vie ont encore plus rapprochées. Victorine figurait en tête de liste des invités de notre chroniqueuse, qui, inlassablement, a insisté pour qu’elle accepte son invitation. Car si le nom de Victorine Tailou est indissociable des grandes réussites réunionnaises, faisant partie du patrimoine culinaire de notre île, sa discrétion est sa grande arme.
Partie de rien, comme elle le dit si bien, c’est à la force de son poignet, très entourée par sa famille que Madame Tailou a forgé sa légende. L’histoire a commencé il y a un peu plus de 30 ans dans les hauts, à Fleurimont, au sein de la cuisine familiale, où sa mère cuisinait déjà les fameux samoussas que la famille revendait sur la plage, et dans des ventes à domicile.
Petit à petit un laboratoire a émergé. A la mort de son père, c’est Victorine qui a pris la tête de l’affaire, à Saint-Gilles-les-Hauts, une entreprise qui compte aujourd’hui une cinquantaine d’employés. Lucide, Victorine Tailou livre l’un de ses secrets, être proche de ses équipes, être sur le terrain, et avoir la chance d’être toujours secondée par sa mère qui, à 78 ans, arpente encore les marchés pour choisir les meilleures matières premières.


Leur rencontre
 Victorine n’a pas le temps de répondre…
Madame Aude: Tu étais toute petite. Il y avait  des parties de chasse sur la propriété de mes parents. Mon père était fan des samoussas de la famille Tailou. Lors des repas de chasse, on se régalait de ces merveilles.
Victorine Tailou: J’ai le souvenir de Madame Aude à l’école de Saint-Gilles-les-Hauts dont sa maman était la directrice. J’avais 8 ans je crois… Aude était très élégante, avec des talons. Sa maman aussi, elle était toujours en tailleur. Nou lavait rien à l’époque. J’étais vraiment frappée par cette élégance vestimentaire, ces robes bien faites sur mesure, on aurait dit un catalogue.
Madame Aude en riant… On m’appelait la lionne de la mode…
 
Les questions de Madame Aude
 Madame Aude: Si je tenais tant que cela à faire venir Victorine, outre le fait que ce soit une amie, c’est pour les valeurs qu’elle véhicule. Victorine Tailou c’est travail, travail, travail et discrétion. Ce qui est très rare chez ceux qui ont réussi.
Un drame est survenu dans la vie de Victorine (ndlr: la perte subite de sa fille Morgane), il fallait que le temps passe, mais elle était dans le Top 3 de ma liste. Il n’y a pas de mystère dans la vie, le travail toujours et encore… Victorine, c’est une revanche du travail, et c’est devenu un label. D’un milieu très très modeste, elle a su montrer qu’en se retroussant les manches, une réussite incroyable est possible. Elle n’a jamais pleuré sur son sort, c’est de l’huile de coude.
 
Comment t’en sors-tu dans le contexte actuel où des marchandises de moindre qualité, et à plus bas prix, ont fait leur apparition?
Il faut se battre tous les jours. Je fais beaucoup de salons en métropole. J’exporte vers la métropole principalement, et un peu dans l’Océan Indien. Je suis d’un naturel assez curieux, et dans mes voyages j’observe. Je crois que lors de mes vacances, je consacre 10% du temps pour scruter pour mon travail. C’est très important de pouvoir s’améliorer.
 
Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans le sucré? (ndlr: Victorine Tailou a fait l’acquisition d’une pâtisserie à Fleurimont)
La passion je crois… De temps en temps, un bélier est fou. En fait, cela a été une opportunité. Pour me décider, j’ai avant tout veillé à bien m’entourer. Et puis je dois avouer que j’ai toujours rêvé de faire de la pâtisserie. Je ne m’arrête jamais et ça tourbillonne dans ma tête. Je n’ai pas été dans les grandes écoles, je ne fais pas d’étude de marché: je fonce. A un moment, j’ai eu un restaurant dans une galerie commerciale, cela a bien marché, et puis je l’ai bien revendu. C’était le moment.
 
 
Ne crois-tu pas que ta réussite de femme d’affaires vienne du fait que tu observes énormément?
Je ne dis jamais «je vais le faire», je dis «j’ai fait». Je me jette dans l’action, puis ensuite je communique. Certains me reprochent de ne pas communiquer. Je ne veux pas me vanter. Je dis les choses une fois les choses actées.
 
Comment arriveras-tu à ce qu’un de tes enfants prenne la relève, peut-être un jour?
Rien n’est fait. C’est l’un de nos souhaits. Mais c’est le hasard. Alexandre a un CAP en Pâtisserie, il termine son Master. J’ai eu l’opportunité d’acheter une pâtisserie alors qu’il se dirigeait vers cette voie, mais sans me mettre martèle en tête… J’espère qu’il viendra, mais son souhait est de faire des stages à l’étranger, il est curieux. C’est un véritable amoureux de la pâtisserie. Mais j’espère qu’il reviendra… Coralie, sa sœur, a une autre passion, elle a fait une licence en musicologie, et chante en soprano, incroyablement bien d’ailleurs…
 
Qu’aurais-tu fait si tu n’avais pas monté Tailou?
Je serais restée dans l’alimentation. Mon rêve depuis toute petite -ça m’est un peu passé- était de monter un restaurant gastronomique avec spectacle.
 
Madame Aude: Elle a un sens de la famille incroyable. Ils sont 4 filles et 2 garçons, très liés, leur maman est le pilier. Si Victorine reçoit chez elle, maman vient faire un petit tour et à l’œil partout.
Tous les dimanches matins, à 6h, je vais prendre mon café coulé chez maman. La famille c’est sacrée. On peut s’engueuler, mais on est solidaire.
 
Quels sont tes projets?
J’en ai toujours, mais il ne faut pas les dévoiler. Malgré mon âge, (rires de Madame Aude), j’ai toujours un projet sous le coude mais «fai pa la boue avant la pluie»…
 
Pourquoi aimez-vous Madame Aude?
Aude soit on l’aime, soit on la déteste. J’aime son franc-parler, direct. Elle est attachante, généreuse et simple à la fois, et avec ce côté affectif incroyable. Elle est à l’aise, et nous met à l’aise. Elle peut être Madame Aude tout en restant simple, ouverte à tout le monde, accessible, c’est comme la famille!


Mardi 4 Février 2014
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