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Yan Guichard : rescapé d'un drame de la mer

C'était une journée festive et sportive organisée au lagon de la Saline. Ce 19 juin 2016, en fin d'après-midi, Yann Guichard s'initie au paddle. En moins d'une heure la promenade sur le lagon va tourner au drame. Le Dionysien témoigne pour la première fois en revenant sur les lieux de l'accident.
Photos: Karoline Cherie


Il faisait très beau en ce dimanche de la mi- juin 2016. Le lagon était très clair et la mer calme au loin. Yann Guichard, 23 ans, participait à une journée de jeux sportifs sur la plage dans la matinée puis sur l'eau l'après-midi. Le jeune homme, éducateur sportif, n'a jamais fait de paddle board et compte bien s'y essayer. Des liens se sont formés dans la matinée entre les participants à la manifestation.

Il faisait beau, la mer était claire, pas de grosses vagues...  Tout était tranquille "
Yan raconte :  " Il faisait beau, la mer était claire, pas de grosses vagues...  Tout était tranquille ". Il part sans gilet de sauvetage s'initier au paddle, tout comme ses camarades sur les kayaks.
Il poursuit : " J'étais seul au départ sur un paddle. Je commençais à bien trouver mon équilibre quand un groupe de jeunes de mon âge m'a rejoint. J'ai alors échangé le paddle avec un autre gars pour monter à l'avant d'un kayak. Nous avons fait quelques coups de rames dans le lagon puis par la suite nous avons décidé à trois de nous rapprocher de la barrière de corail ".

"En quelques minutes le courant a changé et c'est là que tout a commencé."
La mer d'apparence tranquille va alors insidieusement rappeler sa toute puissance aux trois garçons qui se sont aventurés près de la barrière. Yann Guichard se souvient : " la mer était assez tranquille et en quelques minutes le courant a changé et c'est là que tout a commencé. Nous n'avons rien remarqué ! Nous ne sommes pas des connaisseurs de la mer et personne ne nous a prévenus ! ".

" Juste avant d'arriver à son niveau une autre vague a précipité le kayak contre ma tête "
La promenade en mer va très rapidement ensuite virer au cauchemar...  Le courant, inoxérablement entraine les deux kayakistes et le paddle boarder vers la passe de la pointe de Trois Bassins. Les garçons sont inconscients du danger dans un premier temps comme le raconte Yan : " Au départ nous n'avons pas compris". Arrivés au niveau de la barrière, l'utilisateur du paddle va tomber à l'eau. Les deux garçons à bord du kayak décident de venir lui porter assistance mais une vague va soudain les faire chavirer : " J'ai réussi à nager vers le kayak et à attraper l'embarcation. J'ai nagé vers mon camarade qui était assis derrière moi quelques secondes auparavant. Juste avant d'arriver à son niveau une autre vague a précipité le kayak contre ma tête ".

" Nous l'appelions mais il ne répondait pas"
Yan Guichard, sonné par le choc va alors lâcher son embarcation. Les trois garçons se retrouvent dans l'eau et décident de nager vers la barrière pour retrouver la passe et rejoindre les eaux plus tranquilles du lagon. Cependant le courant et les vagues en ont décidé autrement et les trois nageurs sont entrainés vers le sud. Que s'est-il passé dans l'eau à ce moment là? " Nous nous sommes parlé pour voir si nous allions bien. Sur le coup tout le monde a répondu que oui et là nous avons décidé de nager vers Pointe de Trois Bassins,  vers les rochers. Nous nagions en diagonale des vagues et j'ai perdu de vue celui qui étais assis derrière moi dans le kayak. Nous l'appelions mais il ne répondait pas. Nous n'étions plus que deux et espérions qu'il avait pu continuer à nager ".

" J'ai commencé à couler, je me suis laissé aller "
Les deux hommes en péril élaborent alors une stratégie pour échapper aux rouleaux qui les happent : ils retiennent leurs respiration pour pouvoir remonter à la surface et continuer à nager. Yan avoue avoir alors perdu toute notion de temps : " Dans ma tête je n'avais aucune notion du temps, j'ai pris 10 bonnes minutes pour réaliser que nous étions en danger. J'ai continué à nager, comme j'avais trouvé la tactique pour moins me fatiguer. Mais j'ai commencé à avoir des crampes aux bras et aux jambes et me suis dis que c'était mon heure. J'ai commencé à couler, je me suis laissé aller. J'ai commencé à me noyer ".

Ce qui va se passer ensuite, Yan le doit certainement à son excellente condition physique et son mental de compétiteur. " Ensuite je ne sais comment au fond de l'eau j'ai retrouvé une seconde force et j'ai nagé comme une bête, j'étais enragé, je nageais avec la rage. Comme je fais des sports de combat, j'ai fait un combat entre moi et l'océan. Je suis remonté à surface. Mon camarade était à peu près à mon niveau, 10 m derrière moi. Nous nagions dans la diagonale des vagues. On se parlait, s'encourageait mais si nous étions épuisés. Nous voyions que nous nous approchions des rochers de la pointe de trois Bassins ".

Yann va arriver directement sur les rochers auxquels il va s'agripper, son camarade lui arrivant par devant les rochers. Ils vont se tenir quelques minutes derrière les rochers pour pouvoir récupérer un peu. Les personnes sur la plage vont vouloir venir leur porter secours mais les garçons vont les en dissuader. Une fois de plus ils composent avec la mer, calculant le temps dont ils disposent entre deux vagues pour rejoindre la plage.

Leur ami s'est noyé
Au total la dérive de nageurs aura duré près de 50 minutes, un combat de près d'une heure dans l'océan. Les secours arriveront environ 10 minutes plus tard à Trois Bassins. Les deux rescapés, les mains et les genoux criblés d'épines d'oursins et ensanglantés de coupures, vont rester avec les pompiers afin des les aider dans leurs recherches pour retrouver leur ami disparu. Croyant voir une tête au loin les sauveteurs vont se précipiter dans l'océan pendant que les deux blessés sont évacués vers l'hôpital Gabriel Martin, vers 18h, afin d'être soignés. Dans le camion, quelqu'un les rassure disant que leur camarade a été sauvé mais 20 minutes après leur arrivée la nouvelle tombe comme un couperet : leur ami est décédé, noyé.

Vivre après l'accident
Près d'un an après les faits Yann, grave, confie : " C'est comme une cicatrice, les mêmes que sur ma cuisse et mon bras, j'ai appris à vivre avec. Cela a été très dur au tout début et c'est toujours au fond de mon coeur et de ma tête. Il avait 26 ou 27 ans, je l'avais connu le matin même, nous nous étions bien entendus. A l'heure actuelle, je n'en veux à personne alors qu'au tout début  je m'en voulais à moi même car j'ai essayé de la sauver et je n'ai pas réussi. 
Avant cet accident j'étais joyeux positif optimiste et du jour au lendemain je me suis assombri, je ne parlais plus. J'ai fait une thérapie mais ce qui m'a le plus aidé c'est l'amour des miens, le soutient de ma famille et de mon entraineur. Tout ce que je sais c'est qu'il faut respecter la mer, c'est un endroit que j'aime toujours autant malgré ce qui s'est passé".

Son but maintenant est de devenir pompier volontaire tout d'abord puis professionnel, pour sauver des vies...

 






Jeudi 29 Mars 2018
Chloé Grondin
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